Index

Intelligence protectrice et posture défensive

Revenons à la posture d'ouverture par opposition à la posture défensive. Lorsqu'on se sent menacé par un environnement, un groupe ou une situation, on a tendance à se refermer sur soi-même. On mobilise alors nos ressources pour nous protéger, souvent en réponse à une perception de danger ou d'attaque. À l'inverse, dans un cadre sécurisé où l'on se sent bien, où l'on sait que nos besoins seront accueillis et respectés, on peut se permettre de se mettre en vulnérabilité. Cela nous amène à adopter une posture d'ouverture, qui est plus propice aux échanges authentiques et constructifs.
Une réflexion intéressante se pose en lien avec la posture militante. Pour moi, la posture militante est une forme amplifiée de la posture défensive. C'est une réponse à une menace perçue ou réelle, mais qui s'inscrit dans une dynamique plus vaste, souvent cristallisée autour d’un sujet de société. Par exemple, si l'on veut s'opposer à la création d'une décharge derrière chez soi, on peut entrer dans une posture défensive pour protéger son cadre de vie, ses intérêts personnels, ou ses valeurs environnementales.
Mais la posture militante va au-delà de la simple réaction contextuelle. Elle porte sur des enjeux globaux, souvent immenses, qui par leur nature ne peuvent être totalement "résolus". Prenons l'exemple d’une lutte contre la mort elle-même. Si une personne décide de militer contre la mort sous toutes ses formes, elle entre dans une dynamique où le combat ne peut jamais être pleinement gagné. Cela fait qu’elle porte cette posture militante en permanence, indépendamment des contextes ou des personnes en face.
Une autre spécificité de la posture militante, c’est qu’elle est souvent ancrée dans une quête de reconnaissance ou d’adhésion totale. Un militant peut se sentir compris et en sécurité uniquement au sein d’un groupe qui partage exactement les mêmes idées, valeurs et modes d’action que lui. Tant qu’il n’y a pas cette validation complète, il reste en posture défensive, prêt à défendre ses idées face à toute divergence. Cela peut générer des tensions, notamment lorsque la militance devient rigide et qu’elle cherche à imposer ses idées, plutôt que de les confronter de manière ouverte.
Cela souligne l'importance de l'écoute et de la création d’espaces où les divergences peuvent être accueillies sans jugement, afin de ne pas enfermer les individus dans des postures défensives ou militantes qui bloquent le dialogue et la collaboration.
Sortir de la posture défensive

L'intention pour recréer le dialogue et favoriser des dynamiques de coopération repose sur la capacité à sortir de la posture défensive, autant pour soi que pour les autres. Cela nécessite de mettre en place un cadre sécurisé et ouvert, défini par des règles claires et des principes qui garantissent à chacun la possibilité de s'exprimer librement et sans crainte.
L'écoute joue ici un rôle central. Souvent, face à une personne qui exprime son émotion de manière intense — qu'elle hurle, qu'elle répète sans cesse les mêmes arguments ou qu'elle semble bloquée dans une boucle —, on peut rapidement développer des préjugés ou minimiser son discours. Mais le travail fondamental consiste à écouter attentivement ce que cette personne a à dire, à chercher à comprendre ce qu'elle protège et à s'assurer que son message est bien compris et reformulé de manière claire.
Derrière chaque posture défensive, il y a une valeur, une idée ou un enjeu que la personne cherche à préserver. En identifiant cet élément, en le reformulant et en le mettant au service du collectif, on peut permettre au groupe de reconnaître son importance et de s'engager à le protéger. Cette reconnaissance mutuelle a un effet libérateur : lorsque nous savons que ce qui nous tient à cœur est pris en compte et respecté par les autres, nous n'avons plus besoin de rester sur la défensive. Nous pouvons alors rediriger nos ressources et notre énergie vers des actions positives et constructives.
C’est cette dynamique qui constitue le fondement même de la sécurité : savoir que nos besoins, nos valeurs ou nos préoccupations sont compris et pris en charge par le collectif.
OSBD
En communication non-violente, mais aussi à travers d'autres grilles de lecture et méthodes, il existe des outils pour formuler un besoin ou construire un message qui augmentera les chances d’être entendu par le groupe. L’un de ces outils est le modèle OSBD, qui repose sur quatre étapes principales :
Observation : Décrire une situation ou un événement de manière factuelle, sans jugement, en se limitant à ce qui s’est réellement passé.
Sentiment : Exprimer l’émotion, la sensation ou le ressenti que cette situation a généré en nous.
Besoin : Identifier et formuler le besoin personnel qui n’a pas été comblé dans cette situation.
Demande : Énoncer une demande claire et concrète qui pourrait répondre à ce besoin.
Ce modèle peut être utilisé pour créer des messages clairs et constructifs qui facilitent la compréhension et la prise en compte des besoins de chacun au sein du collectif. Pour approfondir, des ressources et des vidéos explicatives sur le modèle OSBD sont disponibles dans les liens proposés.
Recréer le lien : L’acte de coopération indéniable

En lien avec ces mécanismes de défensive et de coopération, il existe des concepts issus de la théorie des jeux, notamment le dilemme du prisonnier. À ce sujet, je vous encourage vivement à explorer le jeu interactif de Nicky Case (lien fourni), qui illustre parfaitement la manière dont nous évaluons notre disposition à coopérer avec autrui. Ce jeu permet également de comprendre comment nous décidons si nous pouvons faire confiance à l’autre pour agir dans notre intérêt commun, plutôt que strictement dans le sien, parfois au détriment des autres.
Une des leçons marquantes de ces mécanismes est l’idée d’un acte de coopération indéniable, utilisé en résolution de conflits. Lorsqu’il y a deux camps profondément opposés, qui ne se font plus confiance, une solution possible est qu’un des camps initie un geste fort de coopération, qui montre clairement qu’il agit dans l’intérêt de l’autre camp, au détriment de ses propres intérêts immédiats. Ce geste, en étant indiscutablement désintéressé, ouvre la possibilité pour l’autre camp de réévaluer sa posture et de reconnaître cet effort.
Un exemple concret pourrait être observé dans le cadre des élections municipales. Habituellement, les candidats font du porte-à-porte pour promouvoir leur programme et convaincre les électeurs de voter pour eux. Imaginez, à la place, qu’une équipe décide d’organiser un porte-à-porte uniquement pour recueillir les besoins, idées et visions des habitants sur le futur de leur territoire. Ces données seraient ensuite redistribuées à tous, y compris aux équipes concurrentes.
Un tel acte montre que cette équipe ne se concentre pas sur une compétition électorale, mais agit dans l’intérêt général du territoire, pour nourrir un projet collectif. C’est un geste qui transcende la compétition et démontre une intention claire de coopération. Ce type d’approche pourrait non seulement redéfinir les dynamiques électorales, mais aussi inspirer une plus grande solidarité et un vrai dialogue dans des contextes marqués par la division.