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La résidence territoriale : un outil d’immersion profonde
Lorsqu’on intervient sur un territoire qui n’est pas le nôtre, il est essentiel de créer une connexion réelle avec les habitants et les acteurs locaux. C’est dans cette optique que nous avons emprunté l’outil de résidence territoriale à l’association Pôle en Pomme. De nombreuses personnes utilisent déjà cette approche, mais nous souhaitons la présenter ici en raison de son efficacité et de son intérêt pour renforcer les dynamiques locales.Notre approche de la résidence territoriale
Concrètement, nous louons un appartement ou une maison sur le territoire concerné, et l’ensemble de l’équipe y réside pendant 2 à 4 semaines. Cela nous permet :
D’expérimenter la vie locale : vivre sur place, rencontrer les habitants, et participer à la vie du territoire au quotidien.
D’avancer sur nos autres missions grâce au télétravail, tout en étant disponibles pour organiser des portes-à-portes, des réunions, et des échanges directs avec les acteurs locaux.
Cette immersion nous aide à mieux comprendre le territoire et à tisser des liens naturels avec ses habitants.
L’approche de Pôle en Pomme
L’association Pôle en Pomme pousse encore plus loin cette logique d’immersion. Ils utilisent un camping-car pour intervenir directement au cœur des quartiers. Par exemple, lors d’une coopération sur un quartier politique de la ville, le camping-car était stationné en bas des immeubles, et chaque matin, les habitants étaient invités à venir prendre un café offert. Cela a permis :
D’initier des conversations informelles riches et spontanées.
De collecter des informations précieuses sur les besoins et les ressentis des habitants.
D’organiser des animations pour les enfants et de créer un espace convivial au sein du quartier.
Un outil respectueux du territoire
Cette méthode s’oppose à la pratique fréquente de certains cabinets d’études qui passent peu de temps sur place, effectuent quelques relevés en deux jours, et repartent sans réellement comprendre la vie locale. La résidence territoriale, au contraire, favorise une compréhension approfondie, des rencontres inattendues, et des découvertes imprévues. C’est une approche plus respectueuse du territoire et de ses habitants, car elle repose sur l’écoute, la présence et l’échange.
Résidence territoriale de Pôles en Pomme
Description rapide
Cet outil permet non pas de se connecter au territoire, mais de s'immerger complètement. Que ce soit un camping-car, un local occupé temporairement ou une tonnelle, nous aurons besoin d'un espace pour créer le commun et favoriser les liens. Un lieu d'accueil convivial, suffisamment central pour interpeller les passant.es. Nous nous en servirons pour collecter et afficher la parole des habitant.es, rendre visible vos actions et vos projets, ainsi que celles des acteurs locaux.
Objectifs / A quoi ça sert ?
LE POUVOIR D'AGIR VU PAR PEP (PÔLES EN POMME)Aller à la rencontre des habitant.es et usager.es
Provoquer les conversations
Vivre le territoire
Vivre le territoire
Echelle de participation
Délégation de pouvoir
Usage
- Se connecter au territoire
- Faire émerger les besoins des habitants
Temps nécessaire
Au moins 4-5 jours
Budget
Pour nous c'est une façon de vivre, l'espace public, au gré de nos humeurs et rencontres ...ou pas...c'est avoir du temps disponible. Nous sommes tous avides d'avoir du temps pour apprendre, oser, tester, se tromper, apprendre, réapprendre, souvenirs, traces que nous sommes riches car pour nous en résidence le temps n'a plus d'heures...on cueille, on recueille, on sème, on se questionne, on amende on progresse, on est heureuses
Matériel
Ca dépend
Public visé
Créateurice
Frédérique Assal et les PEPins
C'est l'outil d'un partenaire !
Pôles en pomme
Retour d'expériences sur cet outil
Résidence à Damparis
Outil utilisé
Résidence territoriale de Pôles en Pomme
Racontez-nous !
Un camping car sur Damparis du 23/10 au 5/11, sur plusieurs lieux
Ce qui a bien fonctionné
La communication par la commune a été parfaite !
Les habitant.es ont bien repéré le camping car
Faire un temps de débrief le soir et un réunion de "on fait quoi" le matin
Les habitant.es ont bien repéré le camping car
Faire un temps de débrief le soir et un réunion de "on fait quoi" le matin
Ce qui n'a pas fonctionné
La pluie et le vent ont empêché les gens de passer
Essayer de faire quelque chose de trop structuré pour la collecte de données
Un peu trop long : 15 jours d'affilée, c'est difficile à gérer
Oublier de terminer nos réunions par qui fait quoi quand
Essayer de faire quelque chose de trop structuré pour la collecte de données
Un peu trop long : 15 jours d'affilée, c'est difficile à gérer
Oublier de terminer nos réunions par qui fait quoi quand
Qu'est-ce que vous avez adapté ?
Une page wiki qui reprend toutes les infos de la résidence communiquée à tout le monde et mise à jour chaque jour
Que feriez-vous différemment la prochaine fois ?
Un temps d'immersion terrain en amont dédié aux acteurs locaux
Avoir une conversation sur l'expression des besoins hors temps de travail et la nécessité pour le groupe de les prendre en compte : créer un mode d'emploi pour chaque personne (faut pas me parler avant 9h le matin, etc...)
Créer des courtes capsules vidéo, témoignages de la résidence
Faire un porte à porte en même temps, et utiliser uniquement le camping car pour discuter en profondeur, de manière informelle, sans pression.
Avoir une conversation sur l'expression des besoins hors temps de travail et la nécessité pour le groupe de les prendre en compte : créer un mode d'emploi pour chaque personne (faut pas me parler avant 9h le matin, etc...)
Créer des courtes capsules vidéo, témoignages de la résidence
Faire un porte à porte en même temps, et utiliser uniquement le camping car pour discuter en profondeur, de manière informelle, sans pression.
Combien de temps ça vous a pris ?
15 jours
Auteurice
Yannick Laignel
Les Guérisseurs de Territoires
- Sophie ouvrit l'enveloppe qui contenait son diplôme universitaire "Intelligence Collective : Facilitation, Agilité, Coaching", ne sachant trop qu'en faire.
Pour elle, il ne s'agissait que d'un point d'étape, le premier pas d'un long voyage. Littéralement. Car sa candidature au programme "Guérisseurs de Territoires" avait été retenue !
D'ici un mois, Sophie entamerait un périple hors du commun, visitant plusieurs villes françaises avec des professionnels du collectif, passés maitres dans l'art de prendre soin du Nous avec un grand N, rompus aux techniques de facilitation et magiciens des Communs Invisibles.
- José lui indiqua d'un geste de la main qu'il faudrait prendre à droite. Tout en marchant, il lui expliquait le contexte, la raison pour laquelle le collectif s'installerait à Crévignex, 1200 habitants, pendant 2 mois.
_Ca sera notre premier contact avec la mairie. Toutes les démarches ont été effectuées par une association locale "Bien Vivre à Crévignex"
_Ah bon ? Vous ne leur avez même pas parlé au téléphone ?
_Non, de toute façon, les conditions sont simples : Vous nous fournissez le gîte et le couvert pendant 2 mois, et on vient soigner votre territoire.
José s'exprimait avec un léger accent du Sud, qui ajoutait à son air jovial. D'abord animateur de centre social, il s'était ensuite orienté vers l'éducation populaire, créant une multitude de vidéos en ligne pour aider les groupes d'humains à coopérer et même parfois vivre ensemble. Cela lui avait suffisamment généré de notoriété et de légitimité pour qu'il puisse lancer diverses expérimentations avec d'autres facilitateurs.
Voilà maintenant 3 ans qu'il avait créé les Guérisseurs de Territoires, avec maintenant 6 caravanes en intelligence collectives qui sillonnaient le pays.
- Il poussa la porte de la mairie en donnant une dernière consigne à Sophie :
_Bonjour Mme la Maire, enchanté, je suis José Martin, et voici Sophie Minh.
_Bonjour Mr Martin, Mme Minh, Moi de même, je suis Geneviève Trieste, mairesse de Cévignex depuis maintenant 2 mois. Merci beaucoup à vous d'être venus, vous ne pouvez pas savoir à quel point j'ai hâte de voir ce que vous avez à nous proposer.
_Ah c'est rigolo, on venait également pour savoir ce que vous alliez nous proposer, répliqua José en souriant.
_Ah ? Mais je n'ai rien préparé ? Je ne comprends pas ?
_Ah ah ah, ne vous inquiétez pas, c'est normal, notre approche est un peu déstabilisante quand vous avez l'habitude de travailler avec des cabinets de consultants parisiens. Avant de faire quoi que ce soit, nous sommes d'abord venus pour écouter.
_Oui, je comprends, c'est important de commencer par un diagnostic pour vous adapter à notre territoire.
_Hmm, la posture est un peu différente du diagnostic, vous verrez. En venant, nous avons vu la place du village, est-ce que nous pouvons poser notre roulotte là bas ?
_Oui c'est prévu, la place Laurent Gerra n'est pas utilisée depuis que l'association de Pétanque Cévignexoise a cessé ses activités. Les gens ne s'y arrêtent pas, même si l'ombre des platanes est plutôt bienvenue avec ces chaleurs.
_Ah ? Je n'ai pas vu de bancs ?
_Non, il y en avait un mais personne ne l'utilisait donc on a fini par l'enlever.
_Intéressant...Vous avez bien fait de nous appeler.
- Cévignex, petit village médiéval, était traversé par une route nationale plutôt fréquentée de part en part, qui semblait approvisionner les quelques commerces locaux en clients.
José ouvrit le coffre de la roulotte et en sortit 2 chaises de camping qu'il déplia à l'ombre.
_Et du coup la prochaine étape c'est quoi ? S'enquit Sophie.
_Ce que j'ai dit. On écoute ! Répondit José en s'asseyant.
Ils restèrent ainsi pendant plusieurs minutes dans un silence relatif, ponctué par le passage des voitures et le roucoulement de quelques pigeons.
De temps à autre, un ou une habitante traversait la place pour se rendre à la pharmacie, lançant des regards curieux, parfois inquiets en direction de la roulotte.
_Sais-tu ce que sont les Communs Invisibles ?
_J'en ai déjà entendu parler mais je n'ai jamais vraiment compris le concept.
_Hmm, ok. Pour moi, le meilleur exemple de Commun Invisible, c'est le tissu social, les liens, les relations entre les gens sur un territoire donné. C'est très difficile à appréhender, à mesurer. Il n'apparait que si on prend le temps de ralentir et d'observer. C'est un peu comme un trou noir, on ne peut pas l'observer directement, mais on peut déduire qu'il est là grâce à son effet sur ce qu'il entoure. A partir du moment où des humains se réunissent dans un espace temps, ce tissu va évoluer, au fur et à mesure des interactions. Un tissu social sain permet une bonne circulation de l'information, et rassure les gens qui en font partie. Il se manifeste par des petits services rendus entre voisins, des fêtes de village, des vieux assis sur un banc. Lorsque les gens s'isolent, se déconnectent, ce tissu dépérit, il se disloque. Et malheureusement, on ne s'en rend vraiment compte que quand on va commencer à avoir besoin les uns des autres... Un coup dur...Une crise....Une inondation... Notre rôle, en tant que Guérisseurs du Territoire, c'est de restaurer ce tissu, d'en faire un filet solide qui va nourrir les habitants. Et ici, on a du travail ! S'exclama José en se levant.
_Sophie, ta mission si tu l'acceptes, va être d'aller à la rencontre de la vie de Cévignex ! Il te faut comprendre où elle se cache, être curieuse, interroger les gens sur ce qu'ils font, ce qu'ils aiment, ce qu'ils aiment faire, ce qu'ils aimeraient faire, etc...
_Ok, mais où est-ce que je commence ? Je dois faire un sondage ?
_Houlà, surtout pas malheureuse ! A partir du moment où tu ranges la vie dans des cases, elle ne peut plus bouger, elle dépérit. Il va falloir la conserver en toi, en générant des conversations, en la prenant ici pour la rendre là.
- Et peu à peu, José et Sophie partirent à la rencontre des habitants, des commerçants, des enfants, des artisans, des touristes, des personnes âgées pour comprendre qui ils étaient et ce qui les faisaient vibrer.
Une personne exprimait une envie, un besoin, un rêve, et aussitôt, ils faisaient le lien avec une autre qui avait le même rêve, ou pouvait répondre à ce besoin, en disant : Regarde, vous avez ça en commun...
Il apparut que les restaurants et bars fermaient tous le lundi. Aussi, ils utilisèrent ce jour là pour lancer un diner commun, hebdomadaire, sur la place du village. Les tables et bancs de la mairie étaient déployés et chacun venait avec sa contribution pour partager avec tous. Une partie de pétanque se lança... puis une autre... pour finalement déborder sur le mardi, le mercredi et le reste de la semaine.
Sophie et José montèrent du mobilier en palettes, pour accueillir les gens en dehors du lundi soir. Ils finirent par identifier les enthousiastes, les gardiens du territoire, ceux qui prenaient du plaisir à aller vers les gens, à partir à la rencontre des nouvelles personnes. Et ils les aidèrent à voir ce Commun Invisible qu'est le tissu social, à identifier ses manifestations, à l'entretenir.
Ils les formèrent à l'accueil des conflits, à l'organisation d'événements, pour finir sur un atelier commun avec tous les habitants ayant pour thème "S'épanouir à Cevignex" , et c'est à ce moment là, dans l'organisation de cet atelier, que Sophie s'aperçut ce que son Diplôme Universitaire lui avait apporté et de l'importance de ce qu'ils étaient en train de faire.
- Pendant que Sophie terminait de ranger la roulotte, José déplia leurs 2 chaises de camping.
_Oui je sais, mais viens, prends un moment Sophie, pour écouter une dernière fois.
Ils s'assirent en silence pour prendre conscience des sons du village, de la vie de Cervignex. Ici, des boules de pétanque qui s'entrechoquent. Là, des cris d'enfants qui jouent au loup entre les platanes. Les rires des mamans qui discutent. Des passants qui se saluent à 50 m les uns des autres. Et Sophie s'aperçut que, finalement, le bruit de la vie couvrait presque celui des voitures.
