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Les questions

Quand on intervient sur un territoire, adopter une posture d’ouverture et de curiosité est essentiel. La curiosité s’exprime avant tout à travers des questions. On pourrait croire qu’une question est neutre et qu’elle sert uniquement à obtenir une information, mais la façon de la formuler joue un rôle crucial, car elle peut également orienter la réflexion. Par exemple, une question fermée ou une question à choix limités peut restreindre la liberté de réponse. Même une question ouverte peut influencer, selon la manière dont elle est posée.
Prenons un exemple : si je demande, « Pourquoi aimez-vous cette activité ? », je pars du principe que la personne aime effectivement cette activité, alors que ce n’est peut-être pas le cas. De même, demander, « Comment faut-il lutter contre ce problème ? », suppose déjà qu’il faut lutter contre ce problème, ce qui peut ne pas refléter le point de vue de l’interlocuteur.
Il existe deux types principaux de questions :
Les questions pour obtenir des réponses, qui permettent de recueillir des informations ou des avis, comme : « Comment percevez-vous cette situation ? » ou « Que pensez-vous qu’il faudrait faire dans ce contexte ? ».
Les questions pour inviter à réfléchir, qui incitent la personne à explorer une partie de sa vision du monde ou de ses expériences qu’elle n’avait pas encore envisagée. Ces questions introspectives peuvent déclencher des prises de conscience et amener à reformuler sa perception ou ses croyances.
La manière dont on pose une question peut donc soit limiter, soit enrichir les perspectives de la personne, ce qui en fait un outil puissant pour stimuler la réflexion et la découverte de nouvelles idées.
C’est exactement ce qu’illustre la démarche appréciative développée par David Cooperrider et ses collègues. Ils ont constaté qu’en posant des questions orientées vers les problèmes, ils trouvaient inévitablement des problèmes. Cela les a amenés à changer d’approche en posant des questions constructives, centrées sur les solutions, les réussites et les expériences positives. Cette nouvelle orientation leur a permis de découvrir ce qui fonctionnait bien, à quel moment, et dans quelles conditions.
L’idée n’est pas d’être naïf face à l’impact des questions, mais plutôt d’apprendre à les utiliser de manière intentionnelle. Bien formulées, elles peuvent aider les personnes à se connecter à des souvenirs positifs, à des ressources personnelles ou à des aspirations qui les motivent. Par exemple, poser la question « Qu’est-ce qui vous plaît dans votre village ? » amène naturellement la personne à se projeter dans ce qu’elle apprécie, ce qui nourrit une dynamique constructive.
Chaque fois qu’on prépare une enquête ou qu’on cherche à ouvrir un espace de dialogue, il est donc crucial de réfléchir à la formulation des questions. Ce qu’on appelle problématiser ne consiste pas uniquement à poser des questions sur les problèmes, mais à concevoir des questions puissantes, capables d’ouvrir des espaces de réflexion et d’inspiration. Une question bien pensée peut amener les gens à explorer des idées qui leur sont utiles et valorisantes.
Avant de poser une question, prenez le temps de réfléchir à ce que vous souhaitez vraiment provoquer comme réflexion et à l’intention que vous portez derrière. C’est dans cette préparation que réside le véritable pouvoir des questions.