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Agir sur un territoire : Où trouver son pouvoir d’agir ?
Lorsqu’on agit sur un territoire, il est essentiel de s’interroger sur le pouvoir dont on dispose. Ce pouvoir d’agir, nous l’avons dès lors que nous respirons et que nous sommes capables de bouger : il est lié à l’énergie que nous pouvons mobiliser pour agir. Ce questionnement porte sur les endroits où nous pouvons exercer ce pouvoir, sur la manière d’utiliser cette énergie et sur l’impact que nos actions peuvent avoir.Il est tout à fait possible de dépenser beaucoup d’énergie dans des actions futiles et inutiles. À l’inverse, il est aussi possible d’investir très peu d’énergie dans quelque chose qui produira un impact considérable. Toute la difficulté réside donc dans la capacité à identifier, en tant qu’individu, où et quand intervenir, ainsi que les actions à mener pour provoquer des changements, faire évoluer une situation ou orienter les choses dans une direction qui nous semble juste.
L'obstacle principal à l'exercice de notre pouvoir : nous-mêmes
L'obstacle principal à l'utilisation de notre pouvoir, c'est nous-mêmes. On a intégré de nombreuses limites, qu'on a cessé de questionner avec le temps. Par exemple, la loi : on a une certaine perception de celle-ci et on pense souvent qu'elle ne peut jamais être enfreinte. Pourtant, il est physiquement possible d'agir en dehors du cadre légal, de faire des choses non autorisées. Bien sûr, cela entraîne des conséquences, mais rien ne nous empêche concrètement d'agir ainsi.
Il y a aussi nos valeurs : certaines actions nous semblent incompatibles avec ce que l'on croit ou défend. De plus, les expériences passées peuvent nous avoir conduit à penser que certaines choses sont impossibles, parce que nous avons échoué à les réaliser ou manqué de ressources à un moment donné. Si, par exemple, j’essaie d’ouvrir une porte à plusieurs reprises et qu’elle reste toujours fermée, je vais finir par abandonner. Mais si un jour cette porte est déverrouillée et que je ne réessaie pas, je ne le saurai jamais.
Ce type d’expérience forge une impuissance acquise : on s’installe dans des limites qu’on ne remet plus en question, même si elles n’existent plus. Nous avons aussi des préjugés sur la manière dont les choses fonctionnent. Par exemple, on peut croire qu’un objet n’a qu’une seule utilité, alors qu’il pourrait en avoir plusieurs. En refusant de tester de nouvelles choses, ou de revisiter d’anciennes options, on se prive d’une partie de notre pouvoir.
Bonita Roy résume bien cette idée avec une formule : notre pouvoir total, ou pouvoir absolu, correspond à nos ressources et compétences divisées par nos besoins et envies. Comme nos ressources – temps, énergie – sont limitées, nous devons prioriser. Si nous réduisons nos besoins ou nos envies, nous augmentons les ressources disponibles pour d’autres actions.
Le pouvoir réside dans notre capacité à prioriser. Cela revient à décider si l’on veut ou non reconsidérer ce que l’on croit savoir, dépasser les conditionnements sociaux, ignorer les jugements extérieurs. Si l’on choisit d’agir ainsi, on élargit notre champ d’action et on récupère une part importante de notre pouvoir.
Créer du vide
Un des moyens de retrouver ou d’amplifier son pouvoir d’agir est de créer du vide. Cela peut sembler paradoxal, mais c'est en arrêtant certaines choses, en faisant le deuil d'actions ou de projets qui ne sont plus utiles, qu'on peut libérer des ressources et de l’espace pour agir sur ce qui importe réellement. Cela commence par une réflexion honnête : Qu’est-ce que je fais actuellement qui n’a plus de sens ? Qu’est-ce qui ne sert plus les objectifs, la vision ou les priorités actuelles ?. En identifiant ces éléments et en choisissant consciemment de les arrêter, on libère de l'énergie, du temps, et de la place pour se consacrer pleinement à des actions alignées et impactantes.
Ce principe est également valable au niveau collectif. Lorsqu’on travaille avec un groupe, créer du vide peut passer par se mettre en vulnérabilité et reconnaître qu’on est en difficulté sur un point, qu’on ne sait pas ou qu’on n’a pas les moyens d’agir seul. En exprimant cela ouvertement, on libère l’espace pour que d’autres membres du collectif s’y engagent. Cela donne une légitimité à chacun pour proposer, agir, ou même prendre en charge une partie du travail. Par exemple, en disant : "Je n’arrive pas à avancer sur ce sujet, je suis bloqué, je ne sais pas quoi faire", on déplace le centre de gravité de la responsabilité vers le collectif. Cela permet à d’autres de répondre : "Moi, j’ai une idée. Moi, je sais comment faire. Moi, je peux essayer.".